Vue Imprenable

« Vue imprenable », retrospective paysage de l’art de Pierre Perron.

L’éphémérité de cette exposition nous donne l’image en négatif de la carrière picturale de Pierre Perron. 62 ans de peinture exposé au Studio Blondeel, 3 bis rue Louis Blanc. Le vestibule d’entrée est vide et sombre, il faut monter au premier étage pour trouver la lumière et le rayonnement des œuvres de Pierre Perron. Il ne me faudra pas 2 minutes pour qu’il m’accueille chaleureusement, heureux de voir des visiteurs qui ont été nombreux pendant ces 2 dernières semaines. Et qui se succèdent encore un dimanche. La diversité de son art se décline en peintures et photographies, avec un style qui a varié au cours des années toujours en conservant sa perspicacité. Cette exposition est dédiée à son Œuvre relative aux paysages. La majorité de ses travaux relatifs aux paysages s’y retrouvent, et cette rétrospective nous accompagne dans son cheminement artistique.

Je fais ici l’effort de retranscrire l’évolution et la diversité de l’art de Pierre Perron, il y a donc un maître mot à garder en tête en lisant cet article : « changement ». Dans ses œuvres mais aussi dans son style et art.

Je commence par visiter l’étage qui rassemble essentiellement des tableaux peignant des paysages de maisonnettes au bord de la mer se revendiquant d’une influence impressionniste. Des paysages ou se rencontrent la mer, les pins, la chaleur et les nuages bretons. Un environnement paisible qu’on dirait peint par une brise. Un souffle continu sur son ensemble de toiles.

Sur le mur voisin se trouve des peintures d’un port Vendéen non loin de ses paysages bretons. Une attirance pour l’ambiance calme d’un petit port se dégage de là. Les coques sont blanches, le ciel est gris. Le style est net, le coup de pinceau se rigidifie pour trouver des lignes continues et des couleurs moins chaleureuses.

C’est à ce moment de l’exposition que j’ai cru avoir compris quel était le style de Pierre Perron. Puis je suis tombé sur cette toile :

Non seulement ce n’était plus une huile sur toile, mais une huile sur bois de 2 mètres sur 4 mètres, mais également l’image dépeinte n’avait plus rien à voir avec ses précédentes œuvres peintes 10 ans auparavant. Il ne se posait plus en observateur de paysage mais en architecte de celui-ci à partir des signaux sensoriels que lui envoie son environnement. On reconnait son style entre cette huile sur bois et la précédente huile sur toile du port vendéen. On peut presque y reconnaitre la toile elle-même…

 

Un léger saut dans le futur nous propulse en 2018 pour nous présenter 3 autres huiles sur bois, appelées La balise des corbeaux. Voici l’un des traits que j’apprécie le plus chez ce peintre. Il constate le passage du temps sur un même paysage et parfois même sous différents angles comme cela est présenté ici.

La balise des corbeaux est exposée dans un renfoncement du studio qui présente de nombreuses toiles ou l’on peut voir des coques de bateaux dans différents contextes. L’un de ces environnements présente une coque de bateau finement observée au bout d’un corridor créé par 2 maisons. Une série de 6 peintures exposées côte à côte nous place en observateur du pâté de maison en dirigeant notre regard vers une perspective d’habitude relayée au second plan. Le bleu rappelant la mer de cette coque de bateau transperce le vide du corridor pour finalement occuper une place centrale au sein du tableau.

Cette série de tableau rappelle encore le style de Pierre Perron, à la manière de La balise des corbeaux, une même disposition est représentée ce qui démultiplie les effets des moindres détails. Une couleur, un ciel, une proportion ou un jeu de lumière diffère et l’œil est attiré par ce détail qui aurait pu passer inaperçu.

D’autres coques de bateaux sont là. Mais cette fois-ci, ce sont des épaves. Le temps est passé sur ces coques que nous avons pris l’habitude, depuis le début de l’exposition, de voir vecteurs d’activité, de mouvement. Maintenant elles sont les témoins d’un temps passé, éléments à part entière du paysage qu’elles décrivent.

La toile suivante fait presque penser à un cimetière avec une brume matinale qui se fraie un chemin parmi les ossements boisés. La coque qui est la plus intacte rappelle les traits d’un visage ombragé, entre la plainte et le sourire narquois.

L’huile des 2 étraves se rapproche du style du peintre Dali en s’affranchissant pourtant du surréalisme. S’il ne s’agissait pas d’étraves, il serait aisé d’y voir une divagation de l’esprit par ses formes et couleurs. Le bois même du cadre vieillit encore davantage nos étraves délaissées et courbées par le passage du temps, du sable et du vent.

Enfin, le troisième environnement dans lequel on peut voir des coques de bateaux est similaire à l’entre-deux maisons mais cette fois-ci dans la quiétude d’un jardin qui l’accueille. Ce qui rappelle à nouveau l’impressionnisme des jardins. La lumière est calme et apaisante, le bois des coques se font dans le paysage.

A travers le studio qui expose ses œuvres, on peut apercevoir ça et là des passages écrits par l’artiste et qui entrent en résonnance avec son art pictural. On découvre alors, en plus d’un peintre, un poète. « Certains parmi les anciens pensaient que la terre était plate et limitée. Je ne me moquerais pas d’eux car quelquefois, quand je pense à la petitesse de l’homme, je l’imagine ainsi, à mon échelle, plate mais infinie. […] Je préfère rêver d’un monde horizontal et sans fin. »

Nous arrivons à ce que je considère comme l’œuvre la plus représentative du travail de Pierre Perron : Les états de l’Erdre, peints en 2001. C’est un ensemble de 20 tableaux présentant la vue du fleuve l’Erdre tout au long d’une année. Le point d’observation est toujours le même et pourtant 2 tableaux ne se ressemblent pas. Lors de la conversation que j’ai eue avec lui, il m’expliquait qu’il en avait peint 20 mais qu’il aurait pu en peindre 200 tellement ce qu’il avait vu était passé par une multitude d’états différents aussi admirable les uns que les autres. Cela peut faire penser aux Nymphéas de Monet, ce que je lui ai fait remarquer. Il m’a rétorqué que ce lieu ou il peignait, il l’appelait justement « J’y vernis » en référence au Giverny normand.

C’est au-dessus des états de l’Erdre que l’on peut apercevoir des peintures surprenantes de modernisme pour l’année à laquelle elles ont été peinte : 1983, La Loire industrielle. Ce sont des laques polymérisées sur tôles d’aluminium dans un format 80x80cm. Le dessin est simplifié, presque signalétique et présente, comme son nom l’indique, l’industrialisation rapide de la Loire qui a eu lieu dans les années 80. C’est un art pixelisé avant même la démocratisation du pixel et sa représentation artistique.Cette section a pour thème l’arrivée de l’industrie sur les paysages naturels qui nous sont dépeint depuis le début de l’exposition. Une autre série de 5 peintures sur aluminium présente l’industrialisation de l’Erdre, peints 10 ans plus tard.

C’est aussi sur ce thème-ci que sa photographie et son dessin sont exposés. Quand il traite des paysages en photographie, on peut y voir de nombreux panoramas. Comme celui présentant la Loire et toutes les industries visibles sur ses quais. Ils s’étendent sur 1,80 mètres et d’une hauteur de 10cm, il y en a 3 exposés les uns au-dessus des autres.

On peut y voir dans ses dessins l’anticipation des peintures sur aluminium.

Pour finir la visite, une gigantesque huile sur bois de 2 mètres sur 5 mètres est posée sur le sol. C’est une peinture très colorée, avec de nombreuses formes dont les courbures et entremêlements valent la peine d’y approcher son regard.

Comme vous avez pu le constater à travers ces différentes œuvres, Pierre Perron ne s’est jamais ancré dans un style en particulier, amateur de paysage, il l’exprime et le représente de différentes manières. J’ai repris l’un de ces textes que je voulais inscrire ici comme une conclusion de cette exposition : « Pour déjouer l’indifférence du spectateur, pour orienter son regard à ma guise et dans ces conditions, pouvoir lui montrer les différents aspects d’un même objet, ou les variations des interrelations d’un groupe d’objets, je me suis passionné de perspective et de composition ».

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