Eloge de la Sensibilité

Cette exposition tenant place au Musée d’arts de Nantes retrace la naissance de la sensibilité en peinture tout particulièrement pendant le siècle des Lumières (XVIIIe). Durant cette période, les sentiments et les affects sont mis en valeur, tant du côté littéraire que picturale. La sensibilité joue une place de plus en plus importante dans la peinture de genre (portraits, paysages, natures mortes) de Largilliere à Greuze et c’est cela que l’exposition Eloge de la sensibilité se propose de nous présenter. Cette connexion entre littérature et peinture est également présente lors de cette visite. Certaines citations illustrent ce que la peinture essaye de dire. On se retrouve alors plongé en plein milieu de ce siècle ou la transition entre l’obscurantisme et la révolution n’est plus qu’une évidence. Une mise en abyme est opérée lorsque l’on entre dans ce hall parsemé de tableaux, car c’est durant ce siècle que le goût et la sensibilité du public fait presque partie de l’œuvre. La critique d’art commence à se démocratiser encore sous la monarchie. C’est encore là, la sensibilité du public qui importe.

L’exposition étant très dense, j’ai fait une sélection de certaines œuvres que j’ai trouvé être les plus représentatives. Bien sûr il reste encore beaucoup à voir même après lecture de cet article.

La visite se décline en plusieurs parties, la première fait état du portrait et de sa lente transition du portrait officiel d’apparat à un portrait davantage naturel et sensible. La seconde s’intéresse à la famille et à l’enfance. Les profondes mutations de la structure familiale, tant du côté de sa composition que de sa représentation picturale. La troisième présente le regain d’importance d’un art auparavant considéré comme mineur : la représentation de la nature. Et enfin, la quatrième partie rend la matière sensible, cette dernière partie présente une grande originalité car elle est complémentée d’une promenade sensorielle ou le visiteur est amené à mettre ses sens à l’épreuve en touchant des matières représentées sur les tableaux et en écoutant des musiques de l’époque. L’intégralité de l’exposition contient des tableaux de toutes dimensions ainsi que des bornes d’écoutes qui font le lien avec la littérature qui est lue dans un casque.

La visite est organisée de manière classique, les salles se suivent selon un cheminement naturel et l’on découvre l’exposition de salle en salle. Nous sommes accueillis entre le rose balais et incarnadin qui tapisse les murs et distille une ambiance de boudoir coquet du début du XVIIème siècle. Une sorte de féminité se propage sur les premiers visages masculins que l’on voit accrochés au mur. Cet autoportrait de Nicolas de Largilliere est une introduction à la sensibilité et au siècle des Lumières. Nous n’y sommes pas tout à fait mais il ne s’inscrit pas dans le siècle précédent avec sa peinture, on s’éloigne doucement de l’art officiel du siècle de Louis XIV pour s’approcher de l’art sensible des Lumières.

C’est également durant cette période que se ressent une certaine attirance pour les mystères de l’orient. Un portrait de Suleiman Aga nous est présenté dans ce même salon rose ou sa representation sévère par une nuit orageuse s’inscrit pourtant avec élégance dans une ambiance rosée. Son turban et ses habits d’une teinte ocre rappellent les couleurs de la salle. Suleiman Aga est un général de cavalerie chargé de conserver de bonnes relations entre l’empire Ottoman et Versailles. Cette attirance pour l’Orient se fait également ressentir en littérature avec la traduction des contes de Mille et une nuits (1704) ou la publication des lettres persanes de Montesquieu (1721).

 Le portrait de la princesse de Lamballe est un exemple du portrait d’apparat. Il rappelle aisément les portraits royaux de puissance et de demonstration du pouvoir et de l’avoir. Les bijoux sont nombreux, l’étoffe est volumineuse et occupe la majeure partie du tableau, la paleur rosée de son teint rappelle les matières, les fleurs, sa robe ou viens se méler un doré de réussite et d’opulence. En effet, la princesse de Lamballe est très proche de la famille royale, ce qui lui vaudra la mort lors de la revolution. Mais à ceci s’ajoute une touche sensible. En effet les papiers devant elle indiquent que c’est une femme qui pratique et soutient les arts.

Certains autres portraits présentés sont plus classiques mais sont peints par des figures importantes dans le domaine du portrait comme Pierre Charles Trémolières

La suite de l’exposition fait figurer des portraits encore advantage sensibles et naturels. François de Troy peint une veuve qui fait face au peintre et est affectée par la disparition de son mari. Elle montre du doigt le tableau sur lequel celui-ci est peint. Si l’on s’approche advantage du tableau, on peut discerner des yeux humides et presque des larmes. On plonge dans l’intimité du couple ou nous sommes mis dans la confidence de la douleur de son deuil.

 

Des poses et attitudes de plus en plus orginales voient le jour tout en respectant les codes du portrait. Ainsi on peut voir sur le portrait d’homme de Phillippe Chéry un homme assis sur une chaise mais son dossier est tourné vers le spectateur et l’homme s’y accoude. Plusieurs éléments renforce l’idée de spontanéité encore rare dans l’art du portrait. La coiffure delicate, le chemisier ouvert et la pose détendue.

La seconde partie est dédiée à la representation de la famille et notamment l’évolution de l’image de l’enfant dans ces tableaux. La sensibilité de l’enfant prend de l’importance, l’enfant n’est plus l’adulte miniature appartenant à une grande lignée aristocratique mais il est doté d’une sensibilité et son education porté par son père et sa mère auront une grande importance sur son développement.

L’enfant lui-même est représenté avec sa sensibilité propre, enclin à s’adonner à des rêveries ou fantaisies. Ainsi on peut voir le jeune comte de Saint-Morys suspender sa lecture en costume de Pierrot de la Comédie Italienne peint par Jean-Baptiste Greuze vers 1782.

Le reste de l’exposition qui s’intéresse aux paysages et aux matières reste à découvrir au Musée d’Art de Nantes jusqu’en Septembre 2019, 10 rue Georges Clémenceau

 

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